La Société Française 1945-1990 (2)
III LES MUTATIONS CULTURELLES
A la révolution technologique
Elle n'a pas bouleversé que la vie quotidienne ; l'homme naturel de J.J Rousseau en a pris un coup !
• Le moteur à explosion et le pétrole ont raccourci les distances entraînant la mobilité des populations.
• Le synthétique remplace partout le naturel ou l'artificiel (nylon, caoutchouc, plastiques).
• L'informatique entre partout à partir des années 80, y compris dans les ménages.
• Les moyens de communication se développent rapidement (satellites, Internet).
• Même l'espace est domestiqué (navette, station orbitale) et la Lune devient une banlieue. L'astronomie et l'astronautique (télescope Hubble) font reculer les limites connues de l'Univers en même temps qu'on prend conscience de la fragilité de la Terre.
* le phénomène de "mondialisation", c'est-à-dire de multiplication des échanges sur la planète, qui a singulièrement rétréci…
* une accélération foudroyante de l'évolution, avec le revers de la médaille :
• chute des valeurs traditionnelles
• problème scolaire
• pollution
• inégalités croissantes
B les valeurs traditionnelles …
* la famille : on passe de la famille étendue à la famille nucléaire, c'est-à-dire réduite aux 2 parents et leurs enfants. La famille-type comprend 4 personnes (+ le chien !) ; ..de plus en plus éclatée du fait des divorces : il doublent dans les années 70 (1/3 des mariages en 2000, mais ½ en région parisienne), les familles sont de plus en plus souvent monoparentales ; d'ailleurs le mariage n'est plus la règle.
* Les tabous sexuels sont tombés après mai 68 : avec les manifs du MLF et la loi Neuwirth sur la contraception (67) ; de même, l'avortement est légalisé (loi Veil 1974). En 75, la censure est levée et on assiste à un déferlement de films érotiques, voire pornographiques.
* L'Eglise catholique voit baisser le nombre de pratiquants : 60% en 1945, ils ne restent plus que 15% en 1980. De même, après le concile Vatican II, le nombre de prêtres ordonnés chaque année passe de 1000 en 1945 à une centaine ces 20 dernières années.
De plus, nombre de prêtres quittent leur ministère dans les années 70.
Les fêtes traditionnelles ne sont plus célébrées dans les familles et bien souvent les plus jeunes n'en connaissent plus la signification : ce qui pose problème pour la compréhension de notre patrimoine culturel.
* L'Islam apparaît maintenant comme la deuxième religion de France, mais a relativement peu de pratiquants.
* Le travail perd de son importance : on peut vivre sans trop travailler, à partir des nombreuses aides existantes ; de plus, le travail autrefois essentiellement manuel et physique devient plutôt intellectuel, donc moins lisible. L'effort physique est bien vu (sport), l'effort intellectuel est …fatigant !
...remplacées par la civilisation consumériste
* L'abondance entraîne le gaspillage : on ne répare plus, on jette ! Un sou n'est plus un sou et les habitudes d'économie des anciens sont jetées aux orties. On crée de faux besoins (gadgets).
* La publicité n'a plus pour rôle d'informer les consommateurs sur les produits, mais de susciter des achats en jouant sur la frustration. C'est devenu un secteur de production à part entière.
* La consommation est favorisée par le crédit aux alentours de 1960 : il n'est plus honteux d'avoir des dettes, pour acheter du moins ; le crédit va permettre à de nombreux ménages d'acquérir leur logement et son équipement ; cependant, dans les 20 dernières années du siècle, le phénomène du surendettement oblige à légiférer quand les remboursements des crédits sont disproportionnés par rapport aux revenus des ménages.
C) la crise de l'école
* Jusqu'au début des années 70, l'école reste un facteur de promotion sociale : les parents poussent les enfants vers les études pour leur assurer un avenir meilleur, d'autant plus que l'augmentation du niveau de vie le permet. La crise de 68 a remis les schéma traditionnels en cause.
* La démocratisation et l'enseignement de masse remplace l'élitisme traditionnel : on dépasse aujourd'hui les 300 000 bacheliers par an (contre 30 000 en 45) ; on vise maintenant les 80% d'une tranche d'âge au bac : il s'agit d'avoir un maximum de main-d'œuvre qualifiée pour faire face au défi technologique et aux mutations rapides de l'économie. Un salarié qui a une bonne formation générale est plus facilement recyclable en cas de perte d'emploi.
De même, le nombre d'étudiants accédant à l'Université a été multiplié par 10 : beaucoup n'obtiennent pas de diplômes et doivent se réorienter à grand peine.
* On ne croit plus aux vertus de l'école : elle n'évite pas le chômage des jeunes.
L'inflation de réformes montre le désarroi des pouvoirs publics devant l'afflux de la génération du "baby boom" : c'est en 59, la création du collège unique ; le "certif", souvent seul diplôme des parents, disparaît ; l'entrée en 6ème pour tous et l'obligation scolaire jusqu'à 16 ans maintient en classe des jeunes démobilisés et qui s'ennuient !
* La grande question est de savoir quoi leur enseigner : la valse des programmes suit l'inflation des connaissances, dans un monde où elles doublent tous les 10 ans. Dans le monde rural d'avant guerre, les besoins d'apprentissage étaient clairs et concrets ; maintenant les connaissances nécessaires pour faire face dans le monde contemporain ne sont plus aussi évidentes et reposent sur des savoirs abstraits. De plus, s'il faut toujours savoir lire, écrire et compter, la révolution informatique a complètement perturbée l'accès aux savoirs…
* un problème qui touche tous les pays développés et en France, on est plutôt moins mal loti . Cet enseignement mal adapté, trop théorique au goût des élèves et pas assez technologique pour l'emploi, débouche sur l'échec scolaire et constitue encore une source d'inégalité…
…l'invasion par les médias
* L'école n'est plus la seule source du savoir comme avant guerre : les enfants étant curieux de nature, cherchaient à connaître le vaste monde dans leurs livres scolaires et dans les propos du maître ; aujourd'hui les "médias" pluriel fautif de "médium" ! tiennent une place prépondérantes dans les sources de connaissances.
* La télévision est le média majeur : en 1960, on comptait 1.3 million de postes (noir et blanc) en 1985, on dépassait les 20 millions et en couleurs ! aujourd'hui, on trouve plusieurs postes par ménage. La radio et le cinéma ont pâti de cette concurrence.
* On lui impute la baisse du niveau culturel : la culture de masse américanisée développe des sentiments de violence chez les plus fragiles qui ne font plus la différence entre la réalité et la fiction, le bien et le mal. La loi de l'audimat entraîne l'alignement des programmes sur le goût (?) du public, alors qu'on pourrait utiliser la "télé" à des fins culturelles.
* Plus positif, l'envolée de l'édition, en partie due aux livres de poche bon marché, et aux prix littéraires qui bénéficient d'énormes tirages. Cependant, si l'on publie beaucoup, le nombre de lecteurs ne suit pas toujours…
* on aboutit à une américanisation globale ; les jeunes, devant leurs écrans de télé et Game boy, n'acquièrent pas les réflexes nécessaires à leur développement intellectuel et moral ; ils subissent ; bien souvent, les médias ne font qu'accentuer les différences sociales. "Populaire" ne veut pas dire "démocratique" et en fait , on tombe dans le "vulgaire" !
D) la civilisation des loisirs
On a vu que le travail était une valeur en baisse !
* les vacances, par contre, représentent un phénomène de masse, favorisé par la mobilité et l'augmentation du temps libre (5ème semaine). L'été la plage, l'hiver la montagne.
• depuis 1980, on assiste à des changements dans les habitudes des Français : on ne prend plus 4 semaines d'affilée, on part plus souvent, mais moins longtemps ; les résidences secondaires, en perte de vitesse avec la crise de 74, reviennent à la mode avec piscine de préférence. Le camping a moins la faveur que dans les années 60-70 , mais les villages-vacances ou les séjours exotiques sont en hausse.
• Là aussi, on remarque l'existence de lourdes inégalités : les plus pauvres ne partent pas ; les colonies de vacances, autrefois lieu de brassage social, sont de moins en moins nombreuses.
* Les parcs de loisirs (Eurodisney, Parc Astérix, Center Park), chouchous des Comités d'entreprise, ne remontent pas vraiment le niveau…
* Par contre, les Français utilisent de plus en plus leur temps libre en participant à la vie associative et sportive ; ils s'occupent aussi de leur maison, à tel point que le bricolage et le jardinage représentent aujourd'hui un secteur en plein développement.
CONCLUSION
* Beaucoup de changements en 50 ans : c'est une exception dans le déroulement de l'histoire : trop rapides, ils n'ont pas encore permis l'adaptation des sociétés modernes.
* Pas encore post-industrielles, elles laissent de lourds problèmes en suspens :
• L'école et les jeunes,
• L'intégration des populations immigrées,
• L'exclusion,
• Le vieillissement de la population et les retraites,
• La montée de la violence et la fuite dans la drogue…