La Société Française 1945-1990 (1)

Publié le par phnaudin-daeu

L'EVOLUTION SOCIALE DE LA FRANCE DE 1945 A 1990

 

 

INTRODUCTION  

  

                                      Une opposition entre :

1)         1945 et une société traditionnelle rurale, rigoriste et religieuse, au niveau de vie stagnant ;

2)         1990 : une société urbaine, consumériste, tournée vers les loisirs, au niveau de vie élevé, qui doit faire face à de nouveaux défis : le chômage issu de la crise économique, la pollution, l'insécurité…

            *   une évolution ultra rapide : en moins de 20 ans, la France s'est transformée radicalement.

 

 

I LE CADRE DE LA MUTATION

A.     les aspects démographiques

 

1 La population totale passe de 40 à 60 millions en moins de 50 ans ;

les causes ?

*          recul de la mortalité infantile ( en 1950 : 52.3 /1000 ; 1999 : 4.8 / 1000)

*          augmentation de la durée de la vie de 65 à 75 ans

*          "baby boom" d'après-guerre (taux de natalité 1946 : 20.9 / 1000)

*          rapatriement des Pieds-Noirs ( 800 000 personnes) en 1962

*          immigration ; en 45, les étrangers ne sont que 1 744 000 contre 3 500 000 en 1990.

NB : il faut noter qu'à cette date, les ressortissants des colonies ne sont pas "étrangers"; de même en 90 on compte 1 775 000 naturalisés.

 

2 à l'inverse après 1970 : la natalité baisse

*          : le taux de natalité n'est que de 14 / 1000 en 1985 ;  (contre 20.5 en 1950 et 12.7 en 1999 )

                              causes évoquées :

           mode de vie urbain

           augmentation de la durée des études, donc des charges familiales

           augmentation du travail féminin

           contrôle des naissances

           crise économique…

NB : Aucun de ces facteurs ne suffit à expliquer cette évolution constatée dans tous les pays développés ; ce qui est sûr, c'est la baisse générale de la fécondité (= nombre moyen d'enfants par femmes en âge de procréer de 15 à 45 ans).En 1930  : 2.1enfants par femmes ;3 au moment du baby boom ;après 1970, on tombe à moins de 2 ; reprise après 1993: 1.89 en 2000.

La France participe à un mouvement généralisé dans les pays à économie de marché, mais elle est la moins touchée en Europe : l'Allemagne a un accroissement naturel négatif ; les pays méditerranéens ont aujourd'hui les taux de fécondité les plus bas, après avoir été traditionnellement les plus prolifiques. Partout le renouvellement des générations est compromis.

*          la nuptialité baisse, tandis qu'augmentent le nombre des divorces et de naissances hors mariage : le tabou n'existe plus et les jeunes couples cohabitent avant de convoler.

*          De plus, l'âge moyen au mariage et l'âge moyen à la première naissance ont augmenté.

 

 3 le vieillissement de la population :

*          le  "papy boom" correspond à l'arrivée des classes nombreuses de l'après-guerre à l'âge de la retraite : l'espérance de vie a augmenté de 15 ans pour les hommes et 17 ans pour les femmes entre 1939 et 1982.

*          Le taux de mortalité en 1990 est de 9,1 / 1000.

*          C'est une population qui détient l'essentiel du patrimoine français et qui a un comportement consumériste : un bon niveau de vie en fait une cible privilégiée des publicitaires.

*          Cette évolution  va engendrer à terme des problèmes d'équilibre de la Sécurité sociale c'est une population plus fragile et des caisses de retraite.

 

 

4 l'envolée de l'immigration :

1.          L'immigration a été d'abord économique, avec le besoin de main-d'œuvre des années 50-60.

D'abord strictement masculine, elle s'est complétée par une politique de rapprochement familial dans les années 70.

2.         L'immigration traditionnelle est en provenance des anciennes colonies : réfugiés, "touristes", étudiants…

3.         En 1990 : on dénombre environ 3.5 millions d'étrangers, surtout localisés dans le Nord et l'Est.

 

B L'urbanisation

*          Elle s'est accélérée après la guerre : en 1935, on a un équilibre ville/campagne : 50/50. La situation en ville a été difficile après 45 et les destructions causées par les bombardements : en février 1954, l'Abbé Pierre lance un appel à la radio en faveur des sans-logis et des mal-logés ; ce sont des gens qui travaillent, mais du fait des lenteurs de la reconstruction, ne trouvent pas de toit. Paris est ceinturé de bidonvilles qui ne seront résorbés que par la construction de HBM  et HLM ;

*          La qualité de vie est détériorée dans ces cités-dortoirs où rien n'a été prévu ; les grands ensembles de banlieue génèrent violence et délinquance à partir des années 60.

*          Aujourd'hui la population est urbaine à 80% ; les campagnes sont désertées malgré la "rurbanisation" : les gens travaillent en ville, mais habitent les bourgs à la périphérie des villes, dans un rayon de 25km environ, voire plus si les moyens de transport le permettent.

 

C   De la croissance à la crise

 

On peut distinguer 2 périodes :

*          1945-74 : les "30 glorieuses" où la croissance représente 5% l'an malgré quelques ralentissements (1950-53 et 1965-68).

           Le niveau de vie augmente régulièrement en particulier dans le secteur secondaire où les ouvriers représentent encore 38% de la population active en 1960.

           Le secteur primaire est lui de moins en moins fournisseur d'emplois depuis que la CEE a induit une restructuration du monde agricole.

           Avec le triomphe des "cols blancs" et la tertiairisation de l'emploi, c'est l'arrivée de la société de consommation : les prix baissent grâce à la production de masse ;

 

*          En 1974,  c'est la crise dite "du pétrole"

           En 1971, les accords de Bretton Woods sont dénoncés par les USA de Nixon : le dollar n'est plus convertible en or ; il perd sa fonction d'étalon sur lequel s'appuient toutes les autres devises et donc toutes les monnaies se mettent à "flotter" : c'est la crise monétaire à laquelle va s'ajouter une crise de l'énergie.  Les états producteurs de pétrole perdent une bonne partie de leurs revenus avec la dévaluation du dollar : pour compenser, ils augmentent le prix du baril à plusieurs reprises…

           Les conséquences se font sentir en 74 : la note énergétique en France est salée, d'autant plus que notre taux de couverture est faible ; les mines de charbon sont presque épuisées et notre production d'hydrocarbures est plus que symbolique depuis la perte de l'Algérie.

           Les entreprises qui voient leurs coûts de production s'envoler (matières premières et énergie) doivent licencier, dans un premier temps ; les faillites en cascade sont nombreuses et le chômage succède au plein emploi de la décennie précédente.

 

 

 

II LES TRANSFORMATIONS SOCIALES

 

A.la société traditionnelle disparaît

*          la paysannerie représente 35% de la population totale en 1945, contre seulement 7% en 1990 : ce nombre est encore élevé si l'on considère les autres PDEM.

* une transformation de la carte électorale : traditionnellement les paysans votent à droite, tandis que les ouvriers votent à gauche ;

NB : en 98, seulement 13% des ménages habitant l'espace rural ont une activité agricole. De même, 55% des Français ne résident pas dans la commune où ils travaillent : on voit l'impact de l'automobile sur l'évolution sociale (80% des déplacements s'effectuent en automobile individuelle).

*          l'artisanat et les petites entreprises familiales voient fondre leurs effectifs du fait de la concurrence et de la concentration des entreprises ;

*          après guerre, le nombre d'ouvriers, généralement des OS, c'est-à-dire non qualifiés, va augmenter rapidement ; mais dès la fin des années 60, c'est la fin du mythe ouvrier, avec la crise du charbon et de l'acier : l'automatisation et la robotique font baisser les effectifs.

1945    30% de la population active

1975    35%                  "

1990    30%                  "

*          le secteur des services s'envole au contraire et représente actuellement 2/3 des actifs (61.3% des actifs en 90 contre 34% en 46). Les employés forment les "classes moyennes" qui disposent de la sécurité d'un salaire mensualisé.

Le nombre des salariés et multipliés par 2, celui des cadres une notion franco-française) par 3.

* la France entre dans le monde "post industriel", c'est-à-dire que le tertiaire est devenu prépondérant.

*          Autre élément : la féminisation du monde du travail : 43% de la population active en 1990 sont des femmes, alors qu'elles ne représentaient que 33% en 1968.

NB : il convient de prendre ce dernier chiffre avec des pincettes ! Dans les secteurs I et II, les femmes ont toujours travaillé : en 1910, on comptait autant de femmes au travail qu'en 1980, mais après la première guerre mondiale, les conjointes d'agriculteurs ont disparu des statistiques…

 

 

B le progrès social

 

*          La vie quotidienne a changé : entre 1950 et 60, c'est le modèle américain qui s'installe, avec la société de consommation, poussé énergiquement par la publicité qui remplace définitivement la réclame.

           L'alimentation privilégie la viande et les laitages aux dépens du pain ; la cocotte minute est créée en 53…

           Le confort s'installe dans les maisons : c'est vers 1955 que le "frigidaire" et la machine à laver (le linge) font leur entrée dans les ménages. Le "salon des arts ménagers" promeut le Formica et le plastique. Cf. Boris Vian et sa "Chanson du progrès"…On se paie même le luxe du design !

           L'idée d'hygiène fait (doucement) son chemin. Le shampooing Dop, la laque pour les cheveux, les poudres pour la lessive envahissent les commerces.

           L'information se développe, la télévision connaît son premier "boom" en 1953 :  on veut assister en direct au couronnement de la reine d'Angleterre ! Bientôt chacun peut suivre le Tour de France sur son "transistor"…

           L'automobile familiale devient indispensable : d'abord modeste (4CV Renault ou 2CV Citroën ), on passe ensuite à la Dauphine et même à la Frégate. Citroën fera sensation en lançant la DS19…

1960 : 30%  des ménages possèdent une auto

1973 : 62% , dont 9% en ont 2 .

 Les lignes aériennes deviennent régulières : ce n'est plus une aventure de prendre l'avion pour New-York …

Avec moins d'ambition, on circule en Solex ou en Vespa !

           On fait ses courses au supermarché (1948 : Goulet-Turpin introduit le concept en France, tandis qu'Edouard Leclerc lance le "discount" : il s'agit d'éliminer les intermédiaires entre producteurs et consommateurs, d'où des prix inférieurs de 20%.1954 voit naître la FNAC. Carrefour ouvre le premier hyper en 1963.

           L'habillement utilise de nouvelles matières "synthétiques", c'est-à-dire issues de la chimie : le nylon, le Tergal et les plissés permanents ; les couleurs sont partout et la mini-jupe va faire son apparition .

           Avec la 3ème semaine de congés payés (1956), la civilisation des loisirs culmine au mois d'août chaque année. On se rue sur les disques des Beatles (1965 : concert à Paris).

*          Les causes de cette évolution :

 

           L'augmentation du niveau de vie : le pouvoir d'achat est multiplié par 3 ou 4 en 50 ans, rendant toutes ces nouveauté accessibles au plus grand nombre.

 

           La diminution du temps de travail effectif : (heures sup. comprises)

 

1945 : 48h       1968 : 45h       1978 : 41h        1981 : 39h        1999 : 35h

 

           Augmentation des congés payés :

 

1936

2 semaines       1956

3 semaines       1968

4 semaines       1981

5 semaines       1999

RTT

 

           Augmentation de la sécurité :

*les salariés sont protégés par un contrat de travail, rémunérés au moins au SMIC et souvent mensualisés ; ils sont défendus par des délégués du personnel et syndicaux.

*des augmentations de salaire importantes résultent des crises sociales : +8% en 1954,

+15% en 1968.

*des revenus de transfert (Sécurité sociale, Allocations familiales, Assedic, retraite…)

permettent d'oublier l'angoisse du lendemain…

 

C)  des inégalités persistent

           Malgré les transferts sociaux, la misère, éradiquée dans les années 60, va réapparaître après 1980 : les "nouveaux pauvres" sont victimes de la crise…

           Alors que 10% de la population totale possède ½ du patrimoine national (immeubles, terres, actions…) et que 1.7 million de Français ont une résidence secondaire.

           Avec la crise, se développe le phénomène de "l'exclusion" (chômeurs, SDF, surendettement), malgré la création du RMI, la loi sur la Sécurité sociale universelle (1999) et un système d'insertion sociale (SAMU social)…

*    une société à deux vitesses

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Publié dans COURS

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