La naissance de la Ve République
UNE ANNEE CHARNIERE : 1958
L’année 1958 est fertile en évènements; elle va voir la chute de la IVème République, l’installation de la Vème, le retour aux affaires du général De Gaulle et la faillite du système des partis...
De JANVIER à AVRIL : la crise
1er Janvier: - le 21ème gouvernement s’installe sous l’égide de Felix Gaillard ;
- on recense 450 000 appelés du contingent sur le sol algérien où la situation se détériore; - De Gaulle profite de sa retraite dans sa maison de Colombey-les-deux-églises depuis 1953.
8 février: l’aviation française, à la poursuite d’un commando FLN, mitraille la petite ville de Sakhiet en Tunisie (pays indépendant, membre de l’ONU). Bilan: 69 morts dont 21 enfants.
15 avril: une motion de censure renverse le gouvernement.
D’AVRIL à MAI : l’impasse
* à Paris: il faut un mois de tractations pour composer le gouvernement de Pierre Pflimlin (MRP), favorable à une solution négociée en Algérie.
* en Algérie: - les militaires, complexés par l’échec en Indochine, font « leur guerre »;
- l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète) en tient pour « l’Algérie française » et se fait entendre à coup d’attentats;
* à Colombey : De Gaulle a été contacté par nombre de ses partisans; il ne bouge pas, ne s’exprime pas publiquement.
MAI-JUIN : vers la guerre civile ?
13 mai: journée capitale. A Alger, le général Massu crée un «comité de salut public », favorable à l’Algérie française et dont l’objet est d’exercer des pressions sur le gouvernement Pflimlin, enfin investi: on menace la métropole d’une action aéroportée...La situation est clairement insurrectionnelle et l’armée est du côté de l’insurrection.
15 mai: le général Salan fait appel à De Gaulle qui, de Colombey, se déclare « prêt à assumer les pouvoirs de la République »...et se présente en garant des libertés publiques. Il est soutenus par de nombreuses personnalités lassées du « régime des partis ».
30 mai: le gouvernement Pflimlin démissionne. Le Président de la République, René Coty, demande au général De Gaulle de constituer un nouveau gouvernement.
1er juin: le gouvernement d’union nationale du général est investi par l’Assemblée; tous les partis sont représentés, sauf le PCF et les poujadistes; les postes-clés sont confiés à des techniciens et non à des politiques.
3 juin: le général reçoit de l’Assemblée les pouvoirs constituants, c’est-à-dire la charge de promouvoir une nouvelle constitution: c’est la fin de la IVème République .
4 juin: De Gaulle devant la foule, à Alger: « Je vous ai compris »... Ambigu !
de SEPTEMBRE à NOVEMBRE: avènement de la Vème République
3 septembre: le gouvernement adopte en Conseil des ministres le projet de la nouvelle constitution. Contrairement à l’usage, la rédaction n’en a pas été confiée à une Assemblée constituante, mais à un « comité consultatif constitutionnel », formé d’experts juridiques ( Jean Foyer, René Capitan...) et de conseillers d’Etat, sous la présidence de Michel Debré...
Le général de Gaulle avait gardé un mauvais souvenir de la rédaction de la précédente constitution, ce qui explique sans doute les modalités de rédaction: des juristes et non des représentants de partis et 3 mois de travail au lieu de 2 ans. On peut dire aussi que le schéma de cette constitution reprend « le discours de Bayeux »: c’est dire que le général savait précisément ce qu’il voulait...
28 septembre: par référendum, la nouvelle constitution est approuvée à une très large majorité (79%), « un oui franc et massif » comme l’avait demandé le général.
novembre: les élections législatives confirment: les grands vainqueurs sont les proches de De Gaulle regroupés dans l’UNR (Union Pour la République:198 sièges qui reviennent aux anciens résistants et aux partisans de l’ex-RPF de 1947). Le renouvellement du personnel politique est important: seuls 131 députés sortants sont réélus pour un total de 596. Il se dégage du nouveau mode de scrutin (uninominal à deux tours) une très forte majorité de droite. La gauche a été laminée: son appel à voter « non » n’a pas été suivi par ses électeurs; seuls 77 députés siègeront, soit 12,9%: il lui faudra attendre 1981 pour remonter la pente...
PROBLEMATIQUES ET POLEMIQUES DE L’EPOQUE
1° Est-ce un coup d’etat militaire?
Certains voient dans l’arrivée de De Gaulle au pouvoir une véritable OPA de l’armée sur la vie politique française: ils mettront en doute la légitimité du général devenu Président de la République en cette fin 58, de même que l’usage répété du référendum sera dénoncé par certains comme démagogique.
Pour l’armée, De Gaulle passe pour être partisan de l’Algérie française, et bien qu’il soit à la retraite, on ne doute pas qu’il ait gardé « l’esprit de corps »; la suite prouve que les militaires d’active ont mal apprécié l’indépendance d’esprit du général de Gaulle, qui n ’en était pourtant pas à son coup d’essai !
2° L’opinion publique, en métropole, est lassée du jeu des partis, mais surtout la guerre d’Algérie touche à peu près toutes les familles: ce sont les jeunes gens en âge de faire leur service militaire qui partent en Algérie. Cette guerre qui ne dit pas son nom a mauvaise presse: la torture est dénoncée par les intellectuels; les attentats sont quotidiens; les Français comprennent mal pourquoi on ne donnerait pas l’indépendance à l’Algérie comme on l’a donnée à ses voisins, d’autant que la guerre coûte cher ...De Gaulle est une nouvelle fois accueilli en sauveur, avec soulagement.
3° La classe politique est elle aussi partagée: la gauche se méfie de l’armée. Le PCF est partisan de l’indépendance de l’Algérie, à la suite de l’URSS. La droite n’est pas unanime et Poujade joue les agitateurs: anti-parlementaire, colonialiste enragé et contre l’Etat !
Cette nouvelle République naît dans un climat qui n’est pas dépourvu d’ambiguité ...
A la fin de l’année, le général de Gaulle est élu, au suffrage indirect, président de la République; il prend ses fonctions en janvier 59 et nomme Michel Debré Premier ministre.