La IVe République (2)
II- LA FRANCE DANS LE MONDE SOUS LA IVème REPUBLIQUE
En 1945, la situation internationale de la France n’est pas brillante: son attitude pendant la guerre est considérée comme ambiguë par les Alliés; l’armée française de Leclerc va redorer son blason: emportée par son élan, après la reconquête de Strasbourg , elle va entrer sur le territoire allemand et participer à la victoire alliée. Cependant, De Gaulle, président du GPRF, n’est pas convié à la Conférence de Yalta où Churchill représente ses intérêts: les deux Grands (et surtout Roosevelt qui ne peut pas souffrir le général) l’ont évincé...
Churchill, en appuyant son argumentation sur le rôle de la Résistance française, intérieure et extérieure, obtiendra pour la France: - un statut d’occupant en Allemagne et à Berlin, même si c’est aux dépens des Anglais et les Américains (Staline a fait mine de se désintéresser de la question, du moment que l’opération n’enlevait rien aux Soviétiques);
- un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU.
1) la politique coloniale de la France va faire baisser de nouveau son crédit. Pour des raisons différentes, Russes et Américains sont opposés au colonialisme.
* Ce sont les USA qui vont imposer à la France, lors de la conférence des Bermudes, fin 53, une conférence à 5 (les 5 du Conseil de sécurité) pour régler le problème du Sud-est asiatique. Après la défaite de Dien Bien Fu, en mai 54, la France se voit obligée de signer les ac-cords de Genève qui entérinent l’indépendance de l’Indochine (octobre54). Pierre Mendès-France (radical) mènera à bien ces négociations.
* Un mois plus tard, la guerre d’Algérie éclate (1er novembre54): l’inégalité de traitement entre autochtones et colons, à laquelle s’ajoute la maladresse politique, a fait son oeuvre: la « patrie des droits de l’homme » est dénoncée par les pays du Tiers-monde et les pays communistes devant l’ONU.
* Cependant, Mendès-France et ses successeurs poursuivent des négociations qui conduiront à l’indépendance le Maroc et la Tunisie en 1956. La même année, sous le gouvernement Guy Mollet, la loi-cadre Defferre permettra une décolonisation en douceur du continent africain et de Madagascar, dans les années 60.
2) la France dans la guerre froide:
* la France, enlisée dans ses problèmes intérieurs, est peu présente sur le plan international.
L’affaire de Suez en 1956 la relègue au rang de puissance secondaire: le colonel Nasser, qui vient de prendre le pouvoir en Egypte, (et soutient activement le FLN) nationalise le canal de Suez: aussitôt, Anglais et Français, dont les intérêts économiques et stratégiques sont en cause, sont sur le pied de guerre et lancent l’opération « Mousquetaires », parachutant des troupes sur le canal. Russes et Américains se font menaçants et les paras rembarquent sans tambours, ni trompettes.
* Sa position de membre permanent au Conseil de sécurité lui donne cependant du poids.
En France, comme dans toute l’Europe occidentale, l’opinion publique et les gouvernements successifs ont la hantise d’un conflit nucléaire dont on ferait les frais, une fois de plus: l’idée du « jamais deux sans trois » est partagée par des populations qui ont déjà subi deux guerres mondiales en 50 ans...
ð L’URSS est considérée comme particulièrement dangereuse à cause de sa politique expansionniste rampante et surtout par sa proximité géographique.
ðla France s’ancre fermement au Pacte atlantique (OTAN 1949) et bénéficie de la sorte du « bouclier nucléaire américain »; cependant, certains considèrent qu’il s’agit là d’une perte de notre indépendance nationale.
3) la construction de l’Europe: enfin une réussite !
*L’idée n’est pas neuve: déjà Aristide Briand l’avait évoquée en 1929. Il s’agit, après guerre, de ne pas renouveler les erreurs du Traité de Versailles en 18: on neutralisera d’autant mieux l’Allemagne qu’on l’intégrera dans un réseau économique avec ses proches voisins; rien de tel que de travailler ensemble et avoir des intérêts financiers communs ! Robert Schuman et Jean Monnet en posent les principes:
- une construction par étapes,
- par l’économie d’abord,
- par une renonciation progressive de souveraineté de la part des états participants.
D’autres bonnes volontés convergent: - en Allemagne le Chancelier Konrad Adenauer,
- en Italie, Alcide De Gasperi, Président du Conseil,
- en Belgique, Paul-Henri Spaak, premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Hollandais et Luxembourgeois adhèrent au projet.
* Le préalable est la création, en 1948, de l’OECE (Organisation européenne de coopération économique): c’est la condition mise par les Américains pour la mise en place du plan Marshall; l’organisation va recevoir les fonds et les répartir (cet organisme s’est transformé ensuite en l’OCDE que nous connaissons aujourd’hui).
* La première étape proprement dite est constituée par la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), dite aussi « pool charbon-acier »: la France, la RFA, le Bénélux (= Belgique + Pays-Bas + Luxembourg) et l’Italie signent le Traité de Paris en 1951. Le groupe de base des 6 nations est constitué.
* Toujours dans l’optique de neutraliser l’Allemagne en douceur et en même temps de la protéger de ses voisins soviétiques, les Français proposent la CED (Communauté européenne de défense): le traité est signé, mais à la suite d’un changement de majorité à l’Assemblée nationale, elle n’est pas « entérinée »: autant dire que le projet est enterré! (1952). On s’aperçoit aujourd’hui qu’elle manque cruellement dans les moyens d’action de l’Europe...
* L’Allemagne de l’Ouest entre bientôt dans tous les organismes européens: Conseil de l’Europe, Union de l’Europe occidentale. Depuis la rupture définitive entre les deux Allemagnes en 1949, la RFA est considérée peu à peu comme un membre à part entière du bloc occidental, sous la houlette des Américains. En 1957, l’intégration est totale avec la signature du Traité de Rome qui crée le « Marché commun »: le but est de supprimer les barrières douanières entre les 6 pays signataires.
CONCLUSION:
Le bilan de la IVème République est très balancé:
* au débit, sa constitution qui instaure une instabilité politique quasi-permanente et les multiples hésitations qui en résultent dans la gestion des problèmes coloniaux, par exemple; s’y ajoute le fait que le personnel politique de l’époque, à quelques exceptions près, sont des hommes de la IIIème République qui ont mal saisi les bouleversements consécutifs à la dernière guerre: ils restent sur l’idée de l’Empire et ont des instincts de propriétaires !
* au crédit, on peut lui accorder d’avoir su remettre l’économie en route après les destructions massives de 1944, et même, d’avoir fait rentrer la France dans un nouveau type de société, à la fois plus riche et préoccupée des plus démunis: la planification de l’économie, les nationalisations et les systèmes sociaux de prévoyance ont crée un « modèle français » original.
Ce sont les affaires algériennes qui vont signer son arrêt de mort...