La Guerre d'Algérie (1)

Publié le par phnaudin-daeu

LA GUERRE D’ALGERIE

 

 

Introduction:

                Après la deuxième guerre mondiale, les puissances européennes ont à faire face à une vague de revendications d’indépendance de la part de colonies qui ont largement participé à la victoire alliée ; la France n’y échappe pas : elle va avoir à gérer la décolonisation d’un immense empire, situé pour l’essentiel en Afrique.

                C’est cependant en Asie que le problème va se poser en premier : en Indochine, le courant nationaliste communiste (- le Vietminh - dirigé par Ho Chi Minh) va dès le 2 septembre 1945 déclarer son indépendance, après le départ des Japonais. Le général De Gaulle est plutôt favorable à une Fédération indochinoise, mais sous souveraineté française, tant le territoire est morcelé (Cochinchine + Annam + Tonkin + Cambodge + Laos). On négocie : le 6/3/46, la France reconnaît l’indépendance du Vietnam et son unité, contre un référendum et l’installation de troupes françaises à Hanoi.

 

REPETITION GENERALE : l’affaire indochinoise

         

 Et c’est là que l’histoire dérape, dans des conditions qui se renouvelleront en Algérie, dix ans plus tard : les colonialistes, avec à leur tête le Haut-commissaire, l’amiral Thierry d’Argenlieu, refusent de préparer le référendum prévu par les textes en Cochinchine pour son entrée dans le Vietnam unifié, et mieux, en proclament l’indépendance pour empêcher l’unification.

 

             Il faut préciser que de gros intérêts économiques et financiers sont en jeu : l’Indochine est le principal producteur de latex (caoutchouc naturel tiré de l’hévéa), produit quasi stratégique pour un pays d’Europe en pleine reconstruction.

             Il est tout de même étrange que le représentant du gouvernement français se permette de désobéir aux ordres de Paris : ce qui en dit long sur le manque d’autorité des gouvernements sous la IVème République ! Plus grave encore : il s’agissait d’accords à portée internationale...

 

Ho Chi Minh croit encore à la négociation (juillet/août 45), mais l’irréparable est commis quand, en novembre 46, la marine française bombarde le port de Haiphong : c’est la guerre .

Elle va durer jusqu’en 1954 ; mal vues de l’opinion française (scandale de la spéculation sur les piastres), qui comprend mal l’intérêt d’aller se battre si loin, confiées à un corps expéditionnaire, c’est-à-dire à l’armée régulière, les opérations s’enlisent dans la jungle indochinoise. Avec l’intensification de la « guerre froide » après 49, le conflit prend un tour international : les communistes vietnamiens sont soutenus par les Chinois, tandis que la France se prévaut de l’aide américaine ...

 

En 1954, après la défaite de Dien bien Phû, les Français doivent capituler : les négociations en cours à Genève en sont accélérées et P. Mendès-France signe les Accords de Genève en juillet 54 qui mettent fin au conflit en accordant l’indépendance, non pas au Vietnam unifié, mais à 2 Vietnams : le problème n’est qu’à moitié réglé et 10 ans plus tard se réactivera avec les USA.

 

C: en quoi est-ce une répétition générale ? :

- des promesses non tenues aux « indigènes »;                                                                   

- une minorité qui défend des intérêts qui leurs sont propres ;

- un rejet des mesures prises par les autorités légitimes en métropole qui frise le coup de force ;

- une guerre de type nouveau - la guérilla - qui implique d’un côté un peuple entier et qui n’est pas sans rappeler les maquis de la Résistance Française.

 

CIRCONSTANCES  DE «  L’AFFAIRE ALGERIENNE »

     Cette expression servait à désigner dans la presse de l’époque ce qui se passait en Algérie; on disait aussi « les évènements », en tous cas on évitait absolument le terme de « guerre » qu’on trouve aujourd’hui dans tous les manuels d’histoire : les mots aussi sont des armes ...

Ce n’est pas là la seule différence avec l’Indochine : l’Algérie présente des spécificités qui rendent le problème encore plus difficile à résoudre.

 

a) l’arrière-plan historique : 

 

1- l’Algérie est la plus ancienne colonie française ; elle a été acquise de manière fortuite : le territoire a été conquis en 1830 par le maréchal de Bourmont, pour mettre à la raison le dey d’Alger qui protégeait les pirates arabes de la Méditerranée et qui avait frappé notre ambassadeur à coups d’éventail ! On ne plaisantait pas sur les questions d’honneur du temps des Bourbons...

A noter que l’Algérie aurait pu aussi bien être anglaise ou hollandaise, car ces deux pays avaient organisé en 1816 des expéditions punitives pour les mêmes raisons de commerce : la Méditerranée est encore la mer la plus fréquentée et un axe vital pour les grandes puissances de l’époque. (NB : le canal de Suez ne sera ouvert qu’en 1869).

 

2 - Au cours du siècle et demi de colonisation qui s’en suivit, l’attitude des régimes et gouvernements successifs a constamment oscillé entre deux attitudes :

* soit l’assimilation au territoire national : mêmes droits, mêmes devoirs. Ce fut le cas sous Louis-Philippe, sous la II ème République et la III ème débutante: la colonie est gouvernée directement de Paris;

* soit la décentralisation, avec un gouverneur à Alger qui tient compte des spécificité locales.

 

     Ex : - Jules Ferry, le grand colonisateur des années 1880, installe un préfet, un conseil général dans chacun des 3 départements algériens : des députés, des sénateurs, des conseils municipaux, tout fonctionne comme en France. Cependant, on applique un régime judiciaire particulier, tenant compte de la loi coranique, « l’indigénat ».

 

             - En 1900, est votée une Charte de l’Algérie, avec un exécutif représenté par un gouverneur général et trois préfets responsables devant lui. L’Algérie reçoit la personnalité civile et l’autonomie financière: son budget est différent de celui de l’Etat ; il est voté par « les délégations financières » représentants des contribuables, colons et musulmans, réunis en assemblée.

 

b) l’après-guerre :

 

      L’Algérie a joué un rôle important au cours de la reconquête du territoire français : lieu de débarquement des troupes anglo-américaines qui vont ouvrir un nouveau front sur la Méditerranée, elle a accueilli en 1944, le général De Gaulle et les institutions de la France libre (CFLN). Elle espère un traitement plus équitable, pour service rendus.

          * Dès le 7 mars 44, une ordonnance prévoit l’accès des musulmans, toujours soumis au régime de l’indigénat, à la citoyenneté française sans perte de leur statut personnel.

NB : depuis 1865, cette acquisition de la citoyenneté française est possible, mais uniquement par abandon volontaire du statut personnel coranique, incompatible avec les lois ordinaires de l’Etat français.

* Dans la Constitution de 46, pas un mot du statut particulier de l ’Algérie...

* Un texte de septembre 47 vient combler ce vide : l’article premier accorde la citoyenneté française aux Algériens ; mais un article va effacer cette avancée pourtant sérieuse : on accorde le droit de vote aux femmes algériennes ! Et plus rien ne va ...

Le territoire algérien est divisé administrativement en trois départements français, possédant la personnalité civile, l’autonomie financière et une organisation propre : un gouverneur général, nommé par Paris, représente le gouvernement; une assemblée algérienne de 120 membres est élue au suffrage universel: elle est constituée de 2 collèges, autant d’élus pour les colons et les musulmans . C’est là où le bât blesse de nouveau, car ce partage n’est égalitaire que sur le papier : l’Algérie recense 1 million de colons, pour 9 millions de musulmans !

L’esprit du texte est désastreux; les inégalités subsistent ; un certain nombre de dispositions ne sont pas respectées, vote des femmes, indépendance du culte musulman, enseignement de la langue arabe, etc...Si bien que ce statut « très » particulier va générer des rancoeurs à la mesure des espoirs déçus et faire le lit du nationalisme algérien.

 

c) le nationalisme algérien :

                                                         il comporte en gros 3 courants :

1)les traditionalistes, inspirés par les « oulémas » (= théologiens musulmans) qui s’appuient sur l’Islam et la culture musulmane. (NB : rien à voir avec les « fondamentalistes » d’aujourd’hui). C’est un courant passéiste, mais  modéré.

2)le courant moderniste, représenté par Ferrat Abbas (pharmacien à Sétif) ; ce sont des Algériens qui ont fait des études et sont insérés dans ce qu’on pourrait appeler la petite bourgeoisie. Ce sont des réformistes qui se veulent respectueux de la loi.

3)le courant révolutionnaire de Messali Hadj, avec un groupe d’action directe sous les ordres de Ben Bella qui avait rang d’adjudant dans l’armée française.

 

   En 1950, le mouvement nationaliste est dispersé, sans lien entre ces 3 courants qui ont beaucoup souffert de la répression, après l’insurrection de Sétif (8 mai 45, à l’occasion de la fête de la victoire alliée) et sas répression sanglante. Son efficacité va venir du contexte international de décolonisation, du pan-arabisme de l’Egypte et surtout des maladresses accumulées des colonisateurs.

 

d) les problèmes spécifiques de l’Algérie en 1954 :

 

 ils sont autant économiques que sociaux.

 

                -  2 économies se côtoient : une économie moderne de type capitaliste et une éco-nomie archaïque de subsistance.

 

                         * l’agriculture, majoritaire, est à deux vitesses :

- d’un côté une agriculture moderne de type commercial, aux mains des colons européens; capitaux et mécanisation se conjuguent sur les meilleures terres (Mitidja, plaines littorales) pour obtenir des produits de qualité et de hauts rendements : vins, céréales, agrumes, primeurs, partent en grande partie ravitailler la métropole.

- de l’autre, une agriculture traditionnelle, peu productive, s’étend sur des terres pauvres, abandonnées aux paysans musulmans ; ce qui ne suffit pas toujours à nourrir une famille : beaucoup doivent  se louer comme ouvriers agricoles sur les domaines européens : en 1954, 87% de la population musulmane travaille dans le secteur agricole...

                       * l’industrie s’implante tout juste, essentiellement sur la côte, grâce à des capitaux européens ; mais peu d’emplois existent dans ce secteur, si bien, que le chômage des Algériens de souche est chronique et les emplois précaires. Le pétrole du gisement d’Hassi Messaoud et le gaz d’Hassi R’Mel, découverts en 1956, ne génèrent pas encore d’industrie, mais vont constituer un enjeu considérable entre le FLN et la France.

 

                 -  2 mondes qui s’ignorent : une société très inégalitaire

* les Européens sont au nombre de 984 000, à 80% natifs d’Algérie :  c’est un point essentiel dans cette affaire ; Ils sont venus par vagues depuis 1830 : 1848, 1870 …ces gens habitent l’Algérie depuis des générations et pour la plupart n’ont plus aucune attache en métropole. A part une petite minorité de riches colons, ils sont ouvriers artisans, commerçants ou employés et ont un niveau de vie moyen, mais inférieur à ce qu’il est en métropole pour des situations équivalentes; ce sont des citadins qui ont un vote plutôt conservateur.

* les musulmans sont 9 fois plus nombreux : 8 400 000 et vivent une véritable explosion démographique ( 2,5% d’accroissement naturel par an !). Deux millions d’entre eux ont un niveau de vie comparable à celui des Européens, mais le reste de la population vit dans la plus grande pauvreté ; le taux de scolarisation est faible et essentiellement masculin. Leurs droits sont mal défendus.

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Publié dans COURS

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