La Guerre Froide (2)

Publié le par phnaudin-daeu

LA GUERRE FROIDE (2) :

VERS LA COEXISTENCE PACIFIQUE 1953 - 1962

 

Situation :

 

En 1950, la situation est, semble-t-il, figée ; les alliances sont clairement  définies :

 

* les intérêts divergents des Alliés ont entraîné la formation de deux blocs qui s'opposent sur les plans :

-  idéologiques (ex :Truman / Jdanov)

-  économiques, (ex : plan Marshall / CAEM),

-  militaires (ex : crise de Berlin en 48 ; guerre de Corée en 50 ; Moyen-Orient) etc...

* l'accès des 2 grands à la technologie nucléaire fait craindre une 3ème guerre mondiale.

 

 

I – LA COEXISTENCE DITE PACIFIQUE :  1953, année charnière

 

1) l'évènement déclenchant : la mort de Staline (5 mars 53)

 

* L'arrivée au pouvoir d'un nouveau leader, Nikita Khrouchtchev, va amener de nouvelles orientations politiques au Kremlin, sensibles surtout par un changement de climat, vite baptisé "dégel" par les observateurs politiques.

 

A vrai dire, l 'URSS a besoin d’une période de paix pour se refaire une santé : le stalinisme, par ses excès, a causé des dégâts considérables à l’intérieur même de l'état soviétique ; il faut en particulier, restructurer l'économie pour la rendre performante en regard de l'économie américaine.

 

* Les aspects de ce changement sont divers :

 

-              l'URSS cesse de jeter de l'huile sur le feu et donne des gages de bonne volonté en permettant la fin de la guerre de Corée (Traité de Pam Mun Jon) et de la guerre d'Indochine (Traité de Genève ).

-              les rencontres diplomatiques à un haut niveau reprennent entre ex-alliés : les quatre grands se retrouvent pour la première fois depuis 10 ans, lors du sommet de Genève, en juillet 1955. En 1959, « Mr.K » va même être invité en visite officielle aux USA...

-              on note un assouplissement au sein même du monde communiste : l'URSS se réconcilie avec le Yougoslave Tito et en 1956 ; le Kominform est dissous.

 

2) L'accord  tacite ou " gentlemen agreement "

 

Chacun des deux Grands fait régner sa loi à l'intérieur de son propre bloc :

USA                                                                                      URSS

 

1953  * renverse le gouvernement nationaliste de          1953 * réprime les révoltes populaires en RDA

 Mossadegh en Iran

1954  * renverse le cel Arbenz au Guatemala                 1956 * réprime le soulèvement hongrois

 

 

Aucune réaction de la part de l'autre bloc !

 

 

3) les deux grands exercent une pression conjointe sur les empires coloniaux :

 

             en Indochine, en Algérie, dans l'affaire du canal de Suez, la France a eu constamment à compter sur l'hostilité des 2 grands, en particulier lors des sessions de l'ONU ; elle ne fut pas la seule.

 

             Moscou et Washington poussent à la décolonisation, pour des raisons honorables (" le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes"), mais avec des arrière-pensées moins avouables (ce sont de nouveaux marchés à prendre et de futurs partenaires à attirer dans chacun des deux blocs).

 

             les pays qui veulent rester neutres se retrouvent à la Conférence de Bandung en 1955, puis signent le traité de Belgrade en 1961 : c'est le mouvement des non-alignés  qui crée de fait une troisième voie, le Tiers-Monde (expression forgée par le Français Alfred Sauvy en référence au Tiers-Etat de 1789).

 

En conséquence, le mouvement de décolonisation va modifier l'équilibre géostratégique et le "dégel " va vite tourner à la "course aux armements "...

 

 

 

II - L'EQUILlBRE DE LA TERREUR

 

1) l'équilibre amène paradoxalement des inquiétudes :

 

*             l'URSS a rattrapé son retard dans le domaine nucléaire : désormais, les USA peuvent être atteints par des missiles soviétiques à longue portée intercontinentaux ( 1957).

 

*             avec le lancement du premier satellite (Spoutnik en 1957), l'URSS vient de prendre une longueur d'avance sur les Américains dans le domaine spatial.

 

Le risque d'une guerre mondiale nucléaire n'est plus une fiction : les deux blocs possèdent maintenant bombes A et bombes H, la puissance de destruction de la seconde étant de 1000 fois celle de la première. . .

 

2) la réplique américaine : le "containment forcé"

 

*             c'est la position du Président Dwight Eisenhower : l'attaque d'un pays communiste contre un pays quel qu'il soit amènerait une réplique nucléaire immédiate de la part des USA ;  c’est la "doctrine des représailles massives"...

*             de quoi faire réfléchir les dirigeants de part et d'autre par la perspective de destructions générales et réciproques. Cette stratégie de la dissuasion va s'accompagner d'une augmentation substantielle des crédits militaires pour constituer une flotte de missiles capables de tenir les Russes en respect...

*             par ailleurs, on resserre les rangs entre membres de l’OTAN où l'on admet la RFA en 1954. La réponse est rapide : en 1955, les Soviétiques font signer à leurs "alliés" le Pacte de Varsovie.

 

 

III- UN REGAIN DE TENSION

 

Deux grandes crises vont ponctuer cette période : le point chaud de Berlin se réactive ; puis, c'est tout près des côtes américaines que les Russes vont venir tenter d'installer leurs missiles..

 

1)            la crise de Berlin prend sa source à des milliers de km de là :

 

*             en fait, dans le différent entre la Chine et l'Union soviétique, la ville allemande n'est qu'un pion poussé par Mr.K pour affirmer son leadership sur le monde communiste... Un coup de poing sur la table en quelque sorte.

 

*             il se présentait, de plus, dans le cadre des accords d'occupation signés à Potsdam, un problème inédit : les habitants de RDA avaient tout loisir de "passer à l'Ouest", en empruntant tout bêtement le métro qui parcourt les 4 zones ; l'hémorragie en population est telle qu'elle oblige le bloc de l'Est à réagir.

*             En 1959, Khrouchtchev se met en tête de transformer Berlin en zone neutre : ce ne sont que tracasseries, contrôles tatillons, gêne à la circulation, dont les Berlinois et les militaires alliés font les frais ; mais l'esclandre escomptée n'aura pas lieu...

*             En 1960, le Soviétique va être servi par la chance : deux avions U2 (espions américains) sont abattus au-dessus de l'Union soviétique ; il va pouvoir donner libre-cours à sa mauvaise humeur en faisant échouer la Conférence de Paris. La rencontre au sommet qui réunira à Vienne les dirigeants russes et américains n'amènera pas d'apaisement…A tout hasard, les Américains renforcent leurs troupes stationnées en RFA, pendant que les Russes reprennent leurs essais nucléaires...

 

*             c’est dans ce contexte, que dans la nuit du12 au 13 août 1961, va être érigé "le mur de la honte" qui sépare définitivement Berlin en deux ; les deux Allemagnes n'ont plus aucune communication .

 

*             Les Américains sont abasourdis : aucune de leurs simulations n'avait prévu ce scénario... Le discours de Kennedy devant les Berlinois n'y changera rien ("Ich bin ein Berliner").

 

2) l'affaire de Cuba :

 

*             L'île de Cuba n'est distante des côtes américaines que de 300 km. Cette proximité en avait fait une "république bananière" où les intérêts économiques et stratégiques américains se trouvaient bien de la dictature d'un certain Battista ; son renversement par Fidel Castro, marxiste-léniniste allié de Moscou, va changer les données du problème ; surtout quand, en 61, les Américains se ridiculisent dans une tentative ratée de débarquement sur l'île, au lieu-dit "La Baie des cochons"...

 

*             Voilà l'affaire rêvée pour Moscou qui cherche toujours à redorer son blason aux yeux du monde communiste ; sur le plan stratégique, Cuba n'est qu'à 3000 km de la Maison Blanche où vient de s'installer un tout jeune président, inexpérimenté et élu un peu par hasard...3000 km, c'est la limite opérationnelle des missiles soviétiques. Moscou envoie par mer des fusées, sans doute à tête nucléaire, à Cuba .

 

*             les services secrets américains vont, par avion U2 interposé ( difficile à déceler, il vole à très haute altitude et prend des photos ), disposer de preuves et le président Kennedy va réagir rapidement. Le blocus va être établi autour de l'île ; la dissuasion va parfaitement fonctionner et les Russes vont rembarquer leur matériel.

 

CONCLUSION

     Les deux Grands ont eu chaud, et le reste du monde aussi ! Les suites seront paradoxales :

*             d'un côté la "course aux armements" se poursuit, mais l'idée est de maintenir l'équilibre des forces entre les deux blocs. En 1963, sera conclu le premier traité sur la limitation des essais nucléaires (Moscou) ; ce sera le premier d'une série, avec le traité de non-prolifération des armes nucléaires en 68.

*             On se met d'accord "pour ne pas aller trop loin", à tel point qu'on installe une ligne directe entre la Maison Blanche et le Kremlin :  « le téléphone rouge » .

C'est le début d'une nouvelle conception des relations internationales: "la détente ".

 

 

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Publié dans COURS

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