La Guerre Froide (3)
LA GUERRE FROIDE (3)
LA DETENTE 1962-1975
NB : Selon les ouvrages et les historiens, les dates et les appellations de ces périodes d’après-guerre varient : ne vous laissez pas déconcerter pour autant ; il vous suffit de donner votre définition de la période en cause.
I) POURQUOI LA DETENTE EN 1962 ?
3 raisons essentielles :
1) "l'équilibre de la terreur"
Il est sans cesse modifié par les modifications des données techniques du nucléaire :
* on est passé de la bombe A (type Hiroshima) à la bombe H ( bombe à hydrogène, 1000 fois plus puissante que la précédente ); les atomistes travaillent désormais sur la bombe à neutrons. ( ou "bombe propre" qui détruit les êtres vivants, mais n'abîme pas le matériel…).
* le nombre des vecteurs. (" tout aéronef qui transporte une arme de type nucléaire") ne cesse d'augmenter, de même que leur portée et la miniaturisation des équipements électroniques indispensables à leur fonctionnement.
* d'autant plus qu'on a imaginé d'utilisé d'autres porteurs de têtes nucléaires :sous-marins à propulsion nucléaire, c’est-à-dire avec une autonomie de très longue durée et pratiquement indécelables où qu'ils se trouvent dans les océans : les Russes possèdent une flotte considérable, par rapport à celle de l'Ouest. De même, ils possèdent des fusées à têtes nucléaires (SS20) embarquées sur de gigantesques camions qui patrouillent du côté du "rideau de fer"...
On arrive donc à une augmentation du potentiel nucléaire global de part et d'autre : or il ne faut pas perdre de vue que cet effort technique qui engouffre des parts entières du budget des états a pour but de ne pas être utilisé ...
NB les succès spatiaux ( 1969 : Les Américains sont sur la Lune) changent aussi les données du problème.
2) L’intérêt, des 2 côtés, commande une pause
* l'intérêt économique d'abord : - les Soviétiques connaissent des difficultés surtout dans le secteur agricole (besoin de céréales) ; d'autre part, ils sont très en retard dans le domaine de l'électronique et ont besoin de transfert de technologie.
- les Américains ont des difficultés monétaires : le dollar baisse et les réserves d'or sont si basses que la convertibilité sera abolie par Nixon en 1971. De plus la concurrence japonaise et européenne se fait sentir...
(NB : le dollar cesse de jouer le rôle qui lui avait été imparti à Bretton Woods en 44, désormais les monnaies du monde entier "flottent"; c’est la fin des "30 glorieuses")
* les questions de politiques intérieures préoccupent les dirigeants :
- les Soviétiques ont affaire avec les débuts de la "dissidence" : les intellectuels commencent à manifester leur opposition au régime, malgré la surveillance et la répression dont ils font l'objet.
(ex : Soljenitsyne).
- les Américains ont à faire face aux violences raciales : malgré la législation que les démocrates se sont efforcé de mettre en place, le problème noir est loin d'être résolu.
* enfin, en politique extérieure , l'heure est aussi à la contestation dans chacun des blocs :
- l'URSS a consommé sa rupture avec Pékin et craint une alliance sino-américaine ; les ex-"frères communistes" en viendront même aux mains en 1969.
- la contestation se développe en Europe de l'Est, d'autant que l'Ostpolitik initiée par le Chancelier Brandt (RFA) amène une normalisation des rapports entre les deux Allemagnes. Les PC des pays occidentaux se rebiffent devant les directives de Moscou et revendiquent leur autonomie de décisions ( 1972, en France "programme commun de la Gauche").
- les Américains ont perdu de leur prestige dans la guerre du Vietnam ;
- les pays d'Europe de l'Ouest, (bientôt regroupés dans "l'Europe de 10" en 1972), représentent une force économique et politique avec laquelle ils doivent maintenant compter : la France est la plus remuante ; dotée de l'arme nucléaire et d'une force de dissuasion, elle entend se défendre seule et le Général De Gaulle se retire des instances militaires de l'OTAN en 1966. De même, la France comme la RFA fait des ouvertures à l'Est ...
Les deux blocs se lézardent et le statu quo installé après la guerre a du mal à se maintenir, d'autant plus que de nouveaux venus viennent troubler le jeu...
3) La montée du Tiers-monde
Elle vient perturber le tête-à-tête des 2 Grands.
Définition : l'expression a été utilisée pour la première fois par le démographe français Alfred Sauvy par allusion au Tiers-Etat de l'Ancien régime en France, qui constituait la classe sociale la plus nombreuse mais dénuée de tout pouvoir. Le Tiers-Monde est un ensemble de populations, rassemblant les 2/3 de l'humanité qui, après s'être affranchie du colonialisme des pays riches de l'hémisphère nord, restent dans une pauvreté difficilement surmontable
* politiquement, ces pays fraîchement décolonisés au lendemain de la guerre, se sont réunis dès 1955 à la Conférence de Bandoung pour affirmer leur solidarité et demander une coopération mondiale contre le sous-développement. Le communiqué final condamne nettement racisme et colonialisme et refuse la logique des deux blocs.
Ces pays nouvellement indépendants vont bientôt constituer les 3/4 des états adhérents à l'ONU, ce qui leur donne du poids sur le plan international
* économiquement, ils revendiquent un partage plus équitable des ressources et la création de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) va être un coup de semonce pour les économies des pays développés.
Le Tiers-Monde devient de ce fait un théâtre des affrontements est /ouest :
* sur le plan idéologique, l'URSS agit pour gagner des pays au marxisme-léninisme : cf. Cuba, une partie de l'Amérique centrale, l'Angola, le Vietnam sont en proie à des guérillas alimentées par les Russes, tandis que les Américains mettent en place des régimes à leur solde en Amérique latine...Il s'agit pour eux d'empêcher la contamination d'état à état, baptisée "théorie des dominos", surtout redoutée en Asie du sud-est.
* sur le plan stratégique, les USA contrôlent étroitement les routes du pétrole qui "mettent en jeu leurs intérêts vitaux".
* sur le plan économique, les pays de l'hémisphère nord courtisent les pays du sud riches en matières premières...
A un affrontement est / ouest s'ajoute un affrontement nord /sud :
Certains pays, comme la France, qui joue décidément les trouble-fête, voient le danger politique d'un tel appauvrissement et proposent une alternative :
- La conférence des Nations-Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) se réunit pour la première fois en 1964, sans grands résultats
- l'Europe, dans le cadre de la CEE, va faire cavalier seul et signer en 1975 les Accords de Lomé qui organisent l'aide de la Communauté et met en place des mécanismes de stabilisation des cours de matières premières.
La réponse viendra des pays du Tiers-Monde : le mouvement des non-alignés :
- A l'origine 25 états réunis autour de Tito en Yougoslavie, à la Conférence de Belgrade (1961) lancent le mouvement qui se définit comme un refus du système des blocs et l'organisation bi-polaire du monde : c'est la volonté d'échapper à l'emprise des USA comme de l'URSS.
- Les pays membres regroupent outre les pays présents à Bandoung : Inde, Egypte, Indonésie, la péninsule d'Arabie, une grande partie de l'Afrique, l'Ouest de l'Amérique du sud ..Un ensemble en fait très hétérogène et qui le sera de plus en plus (101pays en 1989, à la dernière conférence). Une minorité pro-soviétique très active (Cuba, Vietnam) discréditera le mouvement...
Ces trois raisons qui viennent chambouler la donne entre les deux blocs installés après guerre vont inciter les deux Grands à plus de prudence tant sur le plan idéologique que sur le plan de l'action : on en est à la tactique de la "réponse graduée"à la place des "représailles massives"
II- POURQUOI 15 ANS POUR LA METTRE EN PLACE ?
1) la méfiance réciproque : les doctrines succèdent aux doctrines de part et d'autre, chacune reposant sur la peur de l'adversaire.
2) les crises locales : Cuba, le Printemps de Prague, la guerre du Vietnam entretiennent ou raniment périodiquement la tension.
3) deux conceptions irréconciliables de la coexistence s'opposent :
* pour Khrouchtchev, elle passe :
• par l'acceptation de l'existence d'un système économique et politique différent
• le respect de l'intégrité territoriale des pays,
• par le principe de "non-ingérence",
• la priorité aux négociations en cas de conflit,
• la coopération économique.
mais, la "lutte des classes" continue jusqu'à l'arrivée du communisme dans les pays capitalistes ; et la lutte se poursuit dans le Tiers-Monde contre "l'impérialisme" et le "néo-colonialisme.
côté américain, c'est le secrétaire d'état Kissinger (sous Nixon) qui définit trois principes :
• le réalisme : les USA ne peuvent rester "le gendarme du monde". Ils s’y usent comme au Vietnam, sans résultats probants : ils doivent donc se montrer plus souples.
• la retenue : chacun des deux Grands ne cherche pas à profiter des crises qui se produiraient chez l'autre.
• le "linkage", terme qui signifie "lier" ; le principe est de lier plusieurs problèmes indépendants en vue de marchandage planétaire ( c'est ce principe qu'on applique dans les négociations entre les 2 grands, quand on lie des ventes de blé américain à des diminutions de l'arsenal nucléaire soviétique).
En fait, les positions sont classiques :
- pour l'URSS qui ne renonce pas sur le plan idéologique "au grand soir", c'est-à-dire à une extension du communisme au monde entier,
- pour les USA, où le pragmatisme est une des caractéristiques, on s'adapte !
III – LES RESULTATS SUR LE TERRAIN
1 ) Les aspects diplomatiques :
* une succession d'accords sur le désarmement :
- le traité de Moscou en 63 est un traité de limitation des essais nucléaires dans l'atmosphère ; c'est un début de réglementation, mais pas de désarmement encore au sens strict.
- en 1968, c'est un traité de "non-prolifération" : les signataires s'engagent à garder ce type de technologie pour eux.
(NB. La Chine qui possède la bombe A depuis 1964 et la H depuis 67 refuse de signer, de même que la France)
- 1971 voit naître un traité d'interdiction des armes biologiques.
- la série des accords SAL T commence en 1972 et là il s'agit bien de restrictions d'armes stratégiques
(NB : le mot stratégique sous-entend nucléaire)
* des rapprochements est / ouest
- le rapprochement sino-américain : le voyage officiel de Nixon en Chine, puis l'admission de la Chine de Pékin ( aux dépens de la Chine nationaliste enfermée dans l’île de Formose Taïwan aujourd'hui) constituent pour les Américains un moyen de pression sur les Russes.
- la détente en Europe : la politique de Willy Brandt permet de mettre fin aux incertitudes laissées par les traités de la fin de la guerre : la RFA reconnaît la ligne Oder-Neisse qui fait la frontière entre Pologne et RDA ( cf. Yalta) ; de même, les deux Allemagnes reconnaissent mutuellement leur existence et leurs frontières. En 1973, elles entreront en même temps à l'ONU. La Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) qui se tient à Helsinki et regroupe 35 pays dont l'URSS et les pays de l'Est va entériner, dans son acte final, le statu quo en Europe (frontières issues de la 2ème guerre mondiale).
2) aspects économiques :
* la coopération économique et technologique :
- entre URSS et USA : des transferts de technologie et des prêts des banques américaines ; en 1972, un accord commercial est signé entre Washington et Moscou qui, de fait, devient dépendant économiquement des Américains, en particulier de leurs livraisons de céréales.
- entre les 2 Allemagnes.
* de vastes marchés, jusque là inaccessibles, s'ouvrent ; même si comme tous les pays communistes les Russes et les Chinois détiennent peu de devises : les échanges entre USA et URSS vont se trouver multipliés par 5 sur la période.
CONCLUSION : QUI A LE PLUS PROFITE DE LA DETENTE ?
I - L'URSS ? elle reste la première puissance militaire ; elle obtient la coopération économique et technologique des USA dans les secteurs où elle est la plus faible ; elle reste maîtresse chez elle.
2 - Les USA ?
- semblent plus sur la défensive, après leur échec au Vietnam.
- obligés financièrement de mettre un frein à la "course aux armements"
- ils dominent cependant leur adversaire dans le domaine économique qu'ils utilisent comme arme diplomatique.
3 - L'EUROPE ? elle est redevenue une zone de stabilité : le statut de Berlin et le problème allemand sont résolus.
1975 cependant va constituer une date charnière dans les relations internationales :
- la crise économique s'installe : d'abord monétaire, elle est maintenant relayée par la crise du pétrole. L'insolente prospérité des "30 glorieuses" touche à sa fin...
- de nouveau, les Soviétiques s'engagent dans des interventions militaires multiples : en Angola, en Ethiopie, en Afghanistan... Les tensions en Europe renaissent avec les SS20.
Les Occidentaux se sentent floués par la "détente" et pourtant, déjà à Helsinki le ver était dans le fruit et c'est de cette date qu'on peut sans doute fixer le début de la fin pour l'URSS.
| OTAN | militaire | Pacte de Varsovie |
| OCDE / CEE | économique | CAEM / COMECON |
| Kennedy (1961-63) | Khrouchtchev (1953 – 64) | |
| Johnson (1963 – 68) | Brejnev (1964 – 82) | |
| Nixon (1969 – 74) |
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| Ford (1974 – 76) |
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| 1957 : traité de Rome créant la CEE 1961 : construction du mur de Berlin 1962 : crise de Cuba 1963 : - "téléphone rouge" entre les 2 grands - traité de Moscou : interdiction partielle des essais nucléaires
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| CRISES | 1963 : rupture Chine / URSS 1966 : la France se retire de l’Otan 1958-73 : guerre du Vietnam 1968 : traité de non-prolifération des armes atomiques intervention soviétique à Prague
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| ACCORDS | 1971 : accord sur le statut de Berlin entrée à l’ONU de la Chine populaire 1972 : voyage de Nixon en Chine accords Salt 1 sur la limitation des missiles nucléaires traité fondamental entre les 2 Allemagnes : consacre la séparation des 2 états 1973 : accords de Paris mettant fin à la guerre du Vietnam 1975 : accords d’Helsinki : inviolabilité des frontières ; collaboration économique et technique est/ouest ; libre circulation des biens et des personnes. |