La Guerre Froide (1)

Publié le par phnaudin-daeu

 

 

LA GUERRE FROIDE (1) : la formation des blocs

 

I - RAPPELS : les origines de l’affrontement

 

A) "La Grande alliance " de 1945

 

- à la conférence de Téhéran (1943), Anglais, Russes et Américains avaient désigné leur ennemi commun : l' Allemagne.

- à Dumbarton Oaks (USA), Anglo-saxons, Russes et Chinois posent les principes de ce qui sera l'ONU(1943).

-              les Russes participent de même à la conférence de Bretton Woods qui définit le nouvel ordre économique international et où le dollar devient la monnaie de référence (1943).

-              les conférences de Yalta (février 45) et Potsdam (juillet-aôut 45) consacrent l’entente des 3 puissances, après la victoire.

 

Cependant, on peut noter déjà des divergences. d'intérêts et d'idéologie, entre :

* la Grande Bretagne que la guerre a épuisée et dont l'Empire s'agite (Inde) ;

* l'URSS, en partie ruinée par d' énormes pertes humaines et les combats qui se sont déroulés sur son sol. (20 millions de morts)

* les USA, par contre, tirent leur épingle du jeu puisque leurs pertes sont peu élevées, la guerre s'est jouée sur d'autres continents et leur potentiel industriel s'est considérablement développé (20%) pour faire face à l'effort de guerre.

 

Les derniers instants de l'entente vont se jouer autour des traités (Traité de Paris 1947), des procès de Nüremberg où l'on juge les criminels de guerre nazis (45-46) et de la création de l’ONU à la conférence de San Francisco (1945)

 

B) les désaccords de 1945 - 46

 

l'URSS s'attire les griefs de ses alliés, sur plusieurs points :

 

* les Russes revendiquent le contrôle sur des territoires voisins : l’Arménie turque (il existe une République arménienne au sein de l'URSS) ou le nord de l'Iran. Ils veulent surtout un accès Méditerranée pour leur flotte de guerre et demandent la maîtrise des Détroits entre la Noire et la mer Egée (cf. carte : détroits du Bosphore et des Dardanelles) . Les Anglais s'y opposent farouchement, puisqu'ils dominent la Méditerranée et que le canal de Suez qui rejoint l'Océan indien est vital pour leurs relations commerciales avec le reste de leur Empire (Inde). Staline va devoir céder sur ce point.

 

* les Alliés occidentaux accusent les Soviétiques d'entretenir la guerre civile en Grèce où résistants communistes s'opposent aux résistants monarchistes, une fois la guerre finie. De même en Chine, les communistes poursuivent leur révolution.

 

* les Occidentaux voient d'un mauvais oeil la politique de soviétisation imposée aux pays d'Europe de l'Est

- déplacements massifs de populations ;

- gouvernements communistes imposés dans les pays « satellites » (Roumanie, Hongrie, Pologne etc.)

- pas d'élections libres, contrairement aux dispositions de Yalta et Potsdam et à la Charte de l'ONU...

 

 

* la Pologne : c'est l'ennemie traditionnelle de la Russie ; or, rien n'a été prévu dans les accords de paix  l'URSS va profiter de cette erreur en lui imposant la ligne Oder-Neisse, (2 rivières à l'ouest de la Pologne) comme frontière définitive à l'ouest : les Allemands résidant à l'est de cette ligne sont expulsés vers l'ouest sans ménagement. La Pologne voit, cette fois-ci son territoire repoussé vers l'ouest, les Russes s'installent sur les terres libérées à l'est.

 

NB :  - le berceau de l'état allemand, la Prusse, est alors partagé entre la Pologne et l'URSS.

        - il n'est pas tout à fait exact de dire que rien n'avait été prévu : à Yalta, les Russes avaient imposé des délégations très réduites et aucune note ne devait être prise ; en particulier, on a « découpé » l'Europe sans carte...Staline savait qu'il existait 2 rivières portant le nom de Neisse, toutes les deux affluents de l'Oder : il a eu beau jeu, ensuite, d'imposer celle qui lui convenait le mieux !

Pour faire bonne mesure, les Russes vont installer un gouvernement communiste à Varsovie, après un simulacre d'élections.

 

Les Américains protestent.

 

* L' Allemagne est administrée par « un conseil interallié » ; en fait, chacun des 4 pays occupants s'organise dans sa zone et agit à son idée.

 

2 logiques s'affrontent :

- les occidentaux voient plutôt l'Allemagne comme un futur partenaire et ne tiennent pas à réitérer l'expérience du Traité de Versailles qui avait marginalisé l'Allemagne et l'avait aigrie. L'idée de base est donc de mettre en oeuvre sa réindustrialisation. C'est le sens du discours de Barnes (secrétaire d'Etat américain qui succède à Marshall en septembre 46). Il envisage une Allemagne réunifiée, associée aux pays « pacifiques » et membre de l'ONU.

-  les Soviétiques ont plutôt une vision proche de celle des Alliés en 1918 : l' Allemagne doit être mise à genoux, pour lui éviter tout moyen de susciter une nouvelle guerre mondiale : Staline fait démonter les usines de sa zone d'occupation et les réinstalle en URSS ...

 

NB : c'est ici que se situe le « discours du rideau de fer», prononcé par Churchill le 5 mars 1946 devant les étudiants de l'université de Fulton (Missouri) : déjà sceptique à Yalta, l'ex-Premier ministre britannique n'a plus aucune illusion sur les ambitions de Staline.

 

 

II – LA MISE EN PLACE DES BLOCS : refroidissement dans les relations est / ouest

 

La rupture sera consommée au cours de l'année 1947. La cause immédiate en est le problème grec : les Anglais, déjà mis à mal par la guerre elle-même, ne peuvent poursuivre seuls leur soutien aux partisans monarchistes qui s'opposent aux communistes, les armes à la main. Les Américains prennent la suite, conscients de l'enjeu stratégique que représenterait pour Staline la main-mise sur la Grèce.

 

La crise grecque va cristalliser les prises de position politique, tant du côté américain que du côté soviétique, en deux thèses irréconciliables :

 

A)        la doctrine Truman :

 

 le 12 mars 1947, le président Truman qui a succédé à Roosevelt, décédé en 1945, présente, dans un discours au Congrès, sa « théorie du containment » ou en français de l' endiguement.

 

* Jusque là. les Américains sont sûrs de leur suprématie :

- en effet, ils détiennent le monopole de la bombe atomique et leur industrie représente 50% de la production mondiale ;

- par ailleurs et par entente tacite, ils laissent faire les Soviétiques tant qu'ils agissent à l'intérieur de leur propre sphère d'influence ; tout au plus émettent-ils des « protestations », sans valeur réelle.

 Mais, selon Truman, la situation est en train de changer: le communisme s'étend aux dépens des pays libres (cf. la main-mise des Russes sur tous les pays « libérés » par l'Armée rouge ; leur attitude en Asie ; les tentatives communistes pour accéder au pouvoir en France et en Italie au cours de cette même année 47...).

* donc, les USA doivent arrêter ces agressions en fournissant une aide financière massive aux pays qui le demandent (il fait allusion à la Grèce et à la Turquie).

 

=> En conséquence, les fonds débloqués par le Congrès à la suite de ce discours permettent d ' obtenir la stabilisation des fronts en Europe du Sud et au Proche-Orient.

 

 nb: En Grèce, la guerre civile se termine en octobre 49, par le retour au pouvoir du roi Paul 1er.

 

Ce discours est à rapprocher du plan Marshall (5 juin 47) qui représente le volet économique de cette même doctrine : la crainte que la pauvreté engendrée par la guerre ne jette les populations dans les bras des communistes inspire aux Américains ce plan de reconstruction ; tous les belligérants, vainqueurs et vaincus, se voient offrir des facilités financières et des dons massifs en nature. Staline refuse et oblige les pays occupés par l'Armée rouge à en faire autant : il flaire le piège capitaliste ; pourtant, il s'était montré moins regardant quand il bénéficiait de la loi «prêt-bail ».

 

B) La doctrine Jdanov

 

 constitue en quelque sorte, la réponse du berger à la bergère !

 

* les Soviétiques considèrent que les USA étendent leur impérialisme économique sur le monde entier...

 

* or, les Soviétiques ne sont pas à vendre, s'indigne Jdanov, (idéologue officiel du Parti et donc ici porte-parole de Staline ) ; seule l'URSS reste encore maîtresse de ses choix et doit donc prendre la tête du monde « démocratique » et des partisans de la « paix ».

 

* Donc, partout les communistes doivent tenter de prendre le pouvoir pour faire barrage aux ambitions américaines. . .

 

=> les Soviétiques lancent une grande campagne internationale orchestrée par le Kominform ( créé en 1947, ce « bureau d'information communiste » rassemble les différents partis communistes européens).

On dénigre le « pouvoir bourgeois », en particulier les gouvernements français et italiens qui viennent d' évincer les ministres communistes (printemps 47) : les syndicats manipulés par Moscou fomentent des grèves tout au long de l' année 47. Pourtant on arrivera à la situation opposée au but poursuivi, puisque les PC se trouveront isolés pour de nombreuses années dans l'Europe de l'Ouest...

 

Conclusion : les positions russes et américaines sont symétriques : chacun a peur de la puissance de l’autre ; on peut y ajouter une bonne dose d’arrière-pensées, si bien qu’on doit considérer qu’à la fin de 1947 la rupture est consommée.

 

III – LES CRISES SE SUCCEDENT : la glaciation

 

Les traités et la situation d' occupation sur le terrain allaient fournir diverses occasions d' affrontement entre ce qu'on appellera désormais « les deux blocs ».

 

A) en Europe :

 c'est le Plan Marshall qui va mettre le feu aux poudres..

 

* « le coup de Prague » (février 1948) : la Tchécoslovaquie est en principe neutre. Le président Bénès se croit autorisé à accepter l'offre d'aide américaine ; Staline n'est pas de cet avis : une révolte ouvrière providentielle va imposer un premier ministre communiste, Gottwalt. Ce coup de force politique fait basculer les Tchèques dans le bloc communiste, à leur corps défendant. Ils ne seront pas les seuls...

 

* le problème de Berlin : la crise était prévisible pour des raisons géographiques évidentes ; Berlin, ex-capitale du Reich, est située en plein cœur de la zone d'occupation soviétique ; son territoire avait été découpée en 4 zones d'occupation dont 3 revenaient aux Occidentaux (Anglais, Américains, Français); Berlin-Ouest, l'enclave alliée, est reliée à l'Allemagne de l'Ouest par une sorte de cordon ombilical : autoroute, voie ferrée et couloir aérien, point faible du dispositif.

Or Staline veut contrôler Berlin à lui seul, ce que lui refuse ses trois partenaires : il procède alors au blocus des accès terrestres de Berlin-Ouest (juin 48).

Les Alliés organisent alors un pont aérien pour ravitailler la ville : 2 500 000 t seront transportées en un an ! Staline finira par lâcher prise et lèvera le blocus...

 

* la rupture entre les deux Allemagnes : c'est la conséquence logique des doctrines citées plus haut et la suite des évènements précédents : Occidentaux et Russes essaient de tirer la couverture à eux, chacun de leur côté !

- les Alliés de l'Ouest accélèrent la reconstruction d'un Etat allemand prospère pour stopper l'avancée communiste : le 23 mai 49, la création de la République fédérale allemande (RFA) résulte de la fusion de la « trizone » (= zone anglaise + zone américaine + zone française) ; le nouvel état a pour capitale Bonn et une monnaie, le mark.

-              les Russes quittent le Conseil de contrôle quadripartite d'occupation et proclament la République démocratique allemande le 30 mai 49 (RDA), de régime communiste.

 

     Conclusion : En Europe  à la fin de 1949, les 2 blocs sont en place :

•             Le bloc de l’Ouest, allié des USA, qui se soude autour du Pacte atlantique et adhère à l’OECE, organisation économique regroupant les pays qui ont accepté le plan Marshall.

•             Le bloc de l’Est, dominé par Moscou, est constitué par des « démocraties populaires » occupées par l’armée rouge et qui signeront le Pacte de Varsovie en 1955. Sur le plan économique, elles sont regroupées dans le Comecon ou Caem.

 

B) en Asie

1) la Chine :

* les communistes y sont implantés dès le Congrès de Tours (1920) et s'opposent aux nationalistes ;

* l'agression japonaise de 1937 impose l'union sacrée entre les deux tendances.

* après la défaite japonaise de 1945, la Chine apparaît vainqueur de cette deuxième guerre mondiale : Tchang Kaï Chek (nationaliste) siège à l'ONU à l'initiative des USA ; Staline se retire alors du Conseil de sécurité de l'ONU ! Mais le régime chinois est en pleine décomposition. Mao Zédong contrôle le PC chinois et les « zones libérées » : c'est un héros de la résistance contre les Japonais.

* Logiquement, il en résulte une guerre civile entre les partis pour le contrôle de la Mandchourie que les Russes viennent d'évacuer. Mao, soutenu par Moscou, met en place une réforme agraire qui lui gagne les paysans, c'est-à-dire le plus gros de la population ; l'Armée rouge chinoise triomphe en 1949 des nationalistes qui doivent se réfugier avec Tchang Kaï Chek dans l'île de Formose ( = Taïwan).

La République populaire de Chine est proclamée le 1er octobre 49.

 

 la situation stratégique se complique

•             après la victoire communiste en Chine, il n 'y aura guère de réaction du côté des USA : « hors du périmètre défensif des Etats-unis dans le Pacifique » (discours de Dean Acheson, secrétaire d'état, 1950).        

•             Staline, quant à lui, est tenté de pousser ses pions dans le Pacifique après son échec à Berlin : c'est l'occasion de contenir la Chine révolutionnaire dont il se méfie et de menacer les USA au Japon.

 

2) la Corée : la presqu'île est coupée en 2, suivant le 38ème parallèle, depuis l'évacuation par les Japonais:

* au nord, un régime communiste ;

*au sud, un régime dictatorial pro-américain ;

…et la Corée du nord envahit la Corée du sud, le 25 juin 1950.

 

•             la réaction des Etats-Unis ne se fait pas attendre : sous mandat de l'ONU (pas tout à fait, vue la défection de l'URSS), un corps expéditionnaire, en majorité américain débarque en Corée. L'aviation américaine bombarde le nord. La guerre durera 3 ans sans résultats appréciables, ni d'un côté ni de l'autre ;

 

NB : on peut décomposer les évènements en 4 mouvements :

- invasion des troupes communistes au sud ;

- Américains et Coréens du sud repoussent les assaillants vers le nord ;

- la Chine fait converger ses troupes vers le sud ;

- retour à la case départ, de chaque côté du 38ème parallèle...

... et un million de morts !

MacArthur avait préconisé l'usage de la bombe atomique, mais Truman le remplace par

Ridgway, moins va-t-en guerre, par crainte d'un conflit généralisé.

 

IV – LE RAIDISSEMENT DE PART ET D’AUTRE

 

De chaque côté, on se rend compte que le fossé se creuse irrémédiablement.

 

* Aux USA, la guerre de Corée, si elle a eu des résultats positifs sur le plan économique en relançant l'industrie américaine, amène dans la population américaine une véritable psychose anti-communiste.

- Elle va se concrétiser avec le MacCarthysme et « la chasse aux sorcières » : les Américains voient des communistes et des espions partout ; toute attitude réformiste devient suspecte et syndicalistes ou artistes se retrouvent bientôt devant les tribunaux. C'est une période qui a marqué la conscience collective américaine.

- Le nouveau président, Dwight Eisenhower, (le coordonnateur du débarquement en Normandie) est républicain, c'est-à-dire plus tranchant et plus conservateur que ses prédécesseurs ; il fait équipe avec Foster Dulles, son Secrétaire d'état aux Affaires étrangères, dont la vision du monde est en noir et blanc, façon western.

-              Les « faucons » du Congrès (traditionnellement opposés aux « colombes », plus pacifiques), voudraient repousser les Russes hors des territoires qu'ils contrôlent indûment depuis 1945.

 

La diplomatie occidentale se lance alors dans une politique d'alliances tous azimuts :

•             l'OTASE (Organisation du Traité de l'Asie du Sud-Est) regroupe, outre les USA, la France et le Royaume-Uni : Australie + Nelle Zélande + Pakistan + Thaïlande + Philippines.(1954)

•             le Pacte de Bagdad : Grande-Bretagne + Turquie + Pakistan + Iran + Irak.(1955)

•             la CECA ou « pool charbon-acier » entre la France, l'Allemagne, l'Italie et le Benelux : cet accord économique a pour but la mise en commun des ressources en charbon et en acier par les 6 pays signataires : il va permettre d'intégrer l'Allemagne sur le plan économique, mais aussi sur le plan politique ; elle obtient, de se réarmer eu égard à ses voisins communistes, puis devient membre à part entière de l'Otan en 55.

Nb :En 1952, le projet de CED (Communauté Européenne de Défense) proposé par la France sera repoussé par le Parlement français.

 

* L'URSS, pour sa part, rattrape son retard en matière nucléaire : la première bombe A explose en 1949, puis la bombe H en 1953. Cependant les Soviétiques continuent à redouter la supériorité stratégique américaine. Quant à Staline, malade, il sombre dans la psychose...et son entourage dans une guerre de succession prématurée.

 

CONCLUSION : en 1953, pour l’opinion publique mondiale, la troisième guerre mondiale est imminente. La mort de Staline dont la personnalité a dominé toute cette période va modifier le climat international   

 

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Publié dans COURS

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