La Guerre d'Algérie (2)

Publié le par phnaudin-daeu

LA CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS

 

        On comprend que les différents ingrédients de la crise étaient en place : injustices répétées, inégalités qui s’amplifient, intérêts économiques divergents, le tout va finir par atteindre un seuil au-delà duquel plus personne ne contrôle rien ! Nous avons vu qu’à l’origine, les musulmans ne demandaient qu’une politique de réforme : ils vont passer à la révolte ouverte et au recours à la violence.

1er novembre 1954 : Insurrection de la Toussaint : à la radio du Caire, Ben Bella revendique l’indépendance de l’Algérie au nom d’un Front de Libération Nationale (FLN) algérien ; malgré les 70 attentats qui ponctuent le discours, il n’est guère pris au sérieux : les dégâts sont matériels et localisés aux Aurès, une région traditionnellement remuante.

 

ANNEE 55 :  

* en France, Mendès-France est remplacé par Edgar Faure: l’Assemblée reprend ses activités après la dissolution du 2 décembre 54, due au problème colonial ; on prononce des paroles définitives : « L’Algérie, c’est la France ! » ; on brandit la nécessité de « rétablir l’ordre » : c’est une expression qui va faire fortune, on ne fait pas la guerre, on « rétablit l’ordre »... Il faut dire que l’Algérie est considérée  comme constituée des trois départements les plus méridionaux du territoire français....

            * en Algérie, la répression s’abat sur les « fellagahs », terme arabe désignant les rebelles.L’armée et la gendarmerie sont à pied d’oeuvre; dans le courant de l’année, s’y ajoutent les « appelés » du contingent dont le service militaire est porté à une durée de 26 mois.

- Le nouveau gouverneur général, Jacques Soustelle, veut appliquer le statut de 47, en introduisant une véritable égalité, mais son initiative est trop tardive de 10 ans ...

- En août, des musulmans attaquent les quartiers européens de Constantine, encadrés par le FLN. Dans la campagne, des fermes isolées sont attaquées; on relèvera une centaine de morts : le but évident du FLN est d’empêcher toute négociation, tout compromis entre les Français et les modérés algériens qui sont nombreux .

- L’objectif sera largement atteint, car la répression aveugle qui s’ensuit va faire des milliers de morts du côté musulman, pendant que les « Pieds-noirs » les plus violents s’arment pour former l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète).

Le fossé est désormais infranchissable entre les 2 communautés et l’emprise du FLN s’amplifie sur la terre d’Algérie.

 

ANNEE 1956

 Cette fois, c’est la guerre. En janvier, le gouvernement Guy Mollet, d’abord partisan de la négociation, veut imposer la loi au FLN : on ne peut pas négocier sous la pression des armes. C’est l’escalade : 400 000 hommes quadrillent le territoire algérien. Leurs missions sont diverses : opérations militaires, mais aussi action psychologique et assistance aux populations, dans le but d’empêcher la totalité de la population musulmane, prise entre deux feux, de basculer du côté du FLN.

   En novembre, au mépris des lois internationales, l’aviation française détourne un avion de ligne qui transporte parmi ses passagers, entre le Maroc et la Tunisie, l’état-major du FLN qui est fait prisonnier : Ben Bella, Ait Ahmed, Mohamed Boudiaf, etc... D’où des représailles contre les Français au Maroc, qui soutient le FLN et l’opinion internationale proteste.

 

ANNEE 1957

                             

             * de janvier à septembre se déroule « la bataille d’Alger » :

   Le général Massu déclenche une vaste opération contre la guérilla urbaine : les fellagahs sont bien implantés dans les villes, où les quartiers anciens, « les casbahs »,  constituent pour eux des refuges sûrs. Les moyens employés sont radicaux : fouilles, arrestations arbitraires, torture ; le FLN est battu sur le plan militaire, mais moralement l’excès de zèle des militaires français va peser lourd dans la balance ; la guérilla se délocalise vers le « bled », c’est-à-dire la campagne, protégée par un relief tourmenté (l’Atlas, une chaîne jeune, s’étend sur toute la zone méditerranéenne, d’est en ouest, tandis qu’au sud, se trouve le Sahara), avec un soutien plus ou moins forcé de la population rurale.

 

            * en France, rien ne va plus !

      - Le gouvernement de Bourgès-Maunoury est paralysé : avec l’explosion de la majorité de gauche élue en 56 : en 2 ans et demi, 6 gouvernements vont se succéder dont un ne durera qu’une journée ; ce qui explique que l’armée, en Algérie, fait « sa guerre » au mépris des politiques : cet antagonisme entre armée (corps constitué fortement hiérarchisé) et autorité politique (mouvante, puisqu’issue du suffrage universel) est classique dans l’histoire de tous les pays; mais c’est toujours un risque pour la démocratie quand l’armée s’affranchit de l’obéissance au gouvernement légitime...

     - La situation de guerre est d’autre part, un gouffre financier qui déstabilise l’économie d’un pays encore en reconstruction : on aura jusqu’à 600 000 hommes sous les armes en même temps en Algérie. De plus, attentats et plasticages, tant en Algérie qu’en métropole, causent de nombreux dégâts et un climat d’insécurité permanent.

     - le plus visible, c’est certainement la crise morale que traverse la France : intellectuels, étudiants, jeunes, Eglises, tout ceux qui réfléchissent tant soit peu, réclament le respect des droits de l’Homme et s’opposent à la torture (Sartre et S. de Beauvoir, Camus, etc).

Fin 57, on arrive à une véritable crise du régime.

 

ANNEE 1958

 

 * En Algérie, le problème pour l’armée est que le Maroc et la Tunisie, maintenant indépendants, servent de bases de repli au FLN ; l’installation de barrages électrifiés aux frontières n’est pas très efficace.

   - le 7 février, des avions de chasse français organisent, sans en référer au gouvernement, une expédition punitive sur Sakhiet, en Tunisie ; les objectifs militaires sont atteints, mais 70 civils, dont 21 enfants d’une école, sont  morts.

  *  A Paris, on nage en pleine confusion ! Puis, en mai, les évènements s’accélèrent :

- mai 58 : on en est au deuxième gouvernement depuis le début de l’année : Pierre Pflimlin met un mois pour constituer son gouvernement favorable à la négociation.

- 13 mai, c’est l’insurrection d’Alger avec la création d’un « comité de salut public » par le général Massu. Salan, commandant en chef des troupes en Algérie, fait acclamer le nom de De Gaulle.

- 15 mai: le général De Gaulle est pressenti pour former un gouvernement d’union nationale ; il accepte et est investi le 1er juin.

- 4 juin, investi des pouvoirs constituants, le général se rend à Alger et inaugure ce qu’on a pu appeler « une magistrature du verbe » : il parle à la foule qui comprend que le général va prendre fait et cause pour l’Algérie française : « Je vous ai compris ».

* Le FLN, qui n’a jamais complètement rompu les contacts avec le gouvernement français, comprend  autrement le message : en septembre, il crée le GPRA, (gouvernement provisoire de la république algérienne) en plaçant à sa tête un modéré, Ferrat Abbas ; ils sont ainsi en position de force pour négocier de gouvernement à gouvernement. En octobre, il refuse « la paix des braves » proposée par De Gaulle.

 

ANNEE 1959

* en Algérie, les opérations continuent ; De Gaulle fait en juillet « la tournée des popotes » : « Moi vivant, jamais le drapeau du FLN ne flottera sur l’Algérie ».

* A Paris 16 août : dans une de ces allocutions dont il a le secret, il déclare le droit à l’autodétermination par référendum pour régler le problème de l’Algérie... Refus du GPRA qui pose l’indépendance comme préalable à toute négociation.

* novembre : les tractations secrètes continuent : le GPRA propose Ben Bella et les autres prisonniers du vol d’Air Atlas comme négociateurs !

 

ANNEE 1960 : les Européens d’Algérie et l’armée s’estiment trahis.

 * en Algérie, c’est  « la semaine des barricades » qui commence la nouvelle année, menée par Pierre Lagaillarde, député d’Alger, et Joseph Ortiz.

De Gaulle entame une 2ème « tournée des popotes », mais modifie son discours en parlant « d’une Algérie algérienne liée à la France ». Nuance.

* en France, à Melun, on discute le cessez-le-feu. Ruptures et reprises de négociations se succèdent.

* à l’ONU, en décembre, on proclame le droit de l’Algérie à l’autodétermination.

 

ANNEE 1961

* 8 janvier : les Français se prononcent par référendum à 80% en métropole et à 70% en Algérie pour l’autodétermination.

- Les pourparlers se poursuivent entre les deux partis, sous la pression de l’OAS qui multiplie attentats et assassinats sur le territoire de la métropole.

 * 22/25 avril à Alger, les partisans de l’Algérie française et l’armée se radicalisent : c’est le  « putsch des généraux » : « un quarteron de militaires », Challe, Salan, Jouhaud, Zeller tentent un coup de force, mais ne sont pas suivis par le gros de l’armée, ni par la population. Après cet échec, le général Salan entre dans la clandestinité et prend la tête de l’OAS.

* les négociations se poursuivent aux Rousses, puis à Evian, où elles débouchent au printemps suivant sur un cessez-le-feu, puis sur des accords fermes.

 

ANNEE 1962

* le 18 mars, les Accords d’Evian sont signés par  les ministres Joxe, Buron, de Broglie et le GPRA, représenté par son vice-président Krim Belkacem ; ils reconnaissent la souveraineté des Algériens sur les territoires de l’Algérie et du Sahara ; ils garantissent une amnistie générale pour les faits « de guerre » et la libre circulation des personnes et des biens entre les 2 pays ; les citoyens des 2 communautés ont 3 ans pour opter pour l’une ou l’autre nationalité, dans le respect  des droits civils, religieux etc... même s’ils optent pour la nationalité française tout en restant en Algérie. La coopération économique et culturelle doit se poursuivre.

* Ces accords sont entérinés en France par référendum (90% de oui). Cependant, ils ne seront jamais appliqués tels qu’ils ont été signés :

- L’OAS se déchaîne et propose aux « Pieds-noirs » un autre choix : « la valise ou le cercueil »... Une vague d’enlèvements, d’attentats, de meurtres s’abattent sur la population. Le général De Gaulle lui-même est la cible de plusieurs attentats (cf. 22/8 attentat du Petit Clamart) . C’est l’exode : 800 000 français et plusieurs milliers de musulmans partent pour la France, qui est prise au dépourvu.

- D’autre part, l’organe législatif, pendant du GPRA, le Conseil national de la République algérienne (CNRA) installé à Tripoli, rejette ces accords comme « néo-colonialistes ». Le pétrole, qui maintenant coule à flots, est derrière ce refus.

 

CONCLUSION

     On peut tenter un bilan de la « guerre d’Algérie » : en tout état de cause, un beau gâchis !

* Le bilan humain est lourd : de 300 000 à 600 000 morts, civils et militaires, selon les sources; les militaires comptent 24 614 tués, sur 2 millions de soldats engagés dans ce conflit entre 54 et 62. Plus de 65 000 blessés en opération ou par attentat.

    La pyramide des âges, déjà bien éprouvée par 2 guerres, va enregistrer un nouveau déficit parmi les hommes jeunes; mais il faut aussi considérer que l’afflux massif des « rapatriés », s’il a posé des problèmes complexes de logement et de réinsertion, a constitué une chance pour le développement économique de la France.

* Le coût financier de ces 8 années de conflit est estimé à 50 milliards de Francs, auquel il faut ajouter les 14 milliards nécessaires à l’accueil des rapatriés et la valeur des biens abandonnés par ces derniers sur le sol algérien.

* Sur le plan moral, cette guerre qui ne voulait pas dire son nom a laissé un traumatisme durable dans la population : les rapatriés n’ont pas été accueillis en métropole à bras ouverts ; l’opinion publique leur faisait porter la responsabilité de cette guerre. Les musulmans qui avaient choisi la France, « harkis » pour la plupart, c’est-à-dire supplétifs de l’armée française, n’ont guère eu droit à la reconnaissance de leur loyauté envers la France. Une génération de jeunes appelés a été déstabilisée psychologiquement par ce qu’ils ont vécu sur le terrain en Algérie. De plus, les atteintes aux droits de l’homme, perpétrés pendant les évènements, ont donné mauvaise conscience, bien que les intellectuels français les aient dénoncés avec vigueur : c’est sans doute pourquoi l’histoire de cette période reste en grande partie encore à faire.

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Publié dans COURS

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